La formation en question ?

La formation est au centre de toutes les préoccupations associatives et fédérales, car de la qualité de son enseignement dépend le devenir d’une discipline.

Le Comité National Français du Wushu (CNF WUSHU) s’est dotée depuis cette saison d’un département digne de ce nom qui faisait tant défaut par le passé. Celui-ci est dirigé par M. Eudes Contoz, 5e Duan, Licence STAPS, DEA en Sports. Il est assisté dans sa tâche par une équipe de spécialistes des styles internes et externes de Wushu contemporains et traditionnels

Apprendre est un art

L’enseignement d’un art martial a une double responsabilité : enseigner une discipline (technique) et transmettre un art (esprit). Si peu de pratiquant approche l’essence de leur art martial, c’est qu’ils tentent une pâle imitation de la forme (physique) en délaissant l’esprit qui doit animer notre pratique.

Dans Art Martial, il y a deux mots qui sont lourds de signification :

Art : Qui se rapport à l’esprit

Martial : Qui se rapporte à la guerre

Nous sommes en tant que pratiquant tiraillé par ces deux polarités, certain diront que seul compte l’efficacité, d’autre encore que l’art est vraiment l’expression la plus intéressante du Wushu. Cette vision dualiste de la pratique ne nous permet pas de découvrir les véritables bienfaits de la pratique des arts martiaux chinois.

Le domaine guerrier (Wushu) et artistique (Wuyi) nous vient d’un lointain passé et ces deux domaines loin d’être opposé, se complètent mutuellement et s’enrichissent de l’expérience acquise, par le passé, sur les champs de bataille et aujourd’hui sur les aires de compétition, les mauvaises rencontres ainsi que la pratique assidue dans une école (Wushugan).

La difficulté première dans la progression des arts martiaux, c’est que l’évolution du pratiquant (Wujia) est basée sur des notions abstraite et non quantifiable. Aucun chrono, aucune distance, aucun moyen extérieur ne vient concrétiser une performance.

L’élévation personnelle de l’individu ne peut s’analyser que par rapport à lui-même, bien qu’à différents moments de cette évolution une efficacité visible vienne sanctionner par différents moyens le travail fourni et le chemin parcouru : titres, médailles, grades, diplômes, ne sont rien à coté des progrès humains qui sont les véritables arbitres de votre progression. Puissions-nous réussir ensemble à faire découvrir à de nouvelles générations d’enseignants les secrets bien visibles d’une réalité que l’on occulte souvent soi-même !

Interview d’Eudes Contoz

Eudes contoz, vous êtes le responsable de la commission formation  Comité National Français du Wushu (CNF WUSHU). Quelle a été votre priorité dans ce poste ?

Quand j’ai été nommé à ce poste , mon intention était de continuer le travail entrepris par l’ex-responsable de la formation au sein du FWS, . Il a doté notre discipline d’un programme technique qui soit une référence nationale afin de permettre à chacun d’avoir une meilleure lisibilité de leur progression. Maintenant c’est chose faite et nous pouvons enfin avoir un langage commun qui nous permette tant au niveau des passages de grades, que des diplômes fédéraux (DAF – DIF) et d’étas (BEES) de présenter un programme technique officiel qui soit une référence. Ce programme a été bati sur la proposition de progression pédagogique des formes de la Fédération Internationale de Wushu (IWUF) qui a été reformaté pour coller à la législation française ainsi qu’aux directives politiques de développement du Wushu tant au niveau national (FWS), qu’au niveau international (Compétitions IWUF). Ce programme regroupe toutes les tendances majeures des arts martiaux chinois : en externe (Waijia); les styles du nord (Changquan), les styles du sud (Nanquan); les styles internes (Neijia) avec la boxe du grand faîte (Taijiquan); les armes courtes (Duanbing); le sabre du nord (Daoshu); le sabre du sud (Nandao); l’épée (Jianshu) et l’épée taiji (Taijijian); les armes longues (Changbing); le baton du nord (Gunshu); le baton du sud (Nangun) et la lance (Qiangshu). Nous ne serons plus enfermé dans cette tour de Babel qui était un frein à notre développement. Maintenant les pratiquants de Kung-Fu Wushu ont leur Espéranto !

Quels sont les critères qui ont présidé à l’élaboration de ce programme ?

Un programme technique doit être progressif : c’est à dire hiérarchisé en degré de difficultés respectant les cycles d’évolution du pratiquant : débutant, moyen, intermédiaire et avancé.

Il doit couvrir tous les domaines d’évolution des arts martiaux chinois dans leurs expressions les plus représentatives, à savoir : les styles du nord (Changquan), du sud (Nanquan), des armes longues (Lance, bâton du nord et du sud), des armes courtes (Épée, sabre du nord et du sud), de l’interne (Taijiquan et Taijijian « épée Taiji ») ainsi que du combat.

Il doit être cohérent et harmonisé tant en verticalité (progressivité) qu’en transversalité (Homogénéisation). Les formes référencées doivent être agencé de manière identique dans toutes les tendances (Nord, Sud, Interne, armes et combat)

Il doit orienter les pratiquants vers le haut niveau en leur donnant des bases solides, évolutives avec un séquençage des difficultés techniques en vue de réhausser le « gôut » du style.

Il doit être planifiable dans le temps avec la mise en place d’un macrocycle, d’un méso-cycle et d’un micro-cycle :

  • Année, Trimestre, Mois
  • Olympiade, Années, Semestre
  • Vie d’un pratiquant, Olympiades, Années

Il doit être validé par l’organisation d’un système de degré (Ji) et de grades (Duan) qui jalonnent sa progressivité en vue de renforcer le besoin d’appartenance et de lisibilité de la discipline.

Comment s’articule ce programme ?

Il s’articule autour de 3 expressions à mains nues (Changquan, Nanquan et Taijiquan) ainsi que des 5 armes (Bâton du nord, lance, bâton du sud, sabre du nord, épée, sabre du sud et épée taiji) comme je l’ai indiqué plus haut. Chancune de ces expressions styliques est hiérarchisée en 5 niveaux :

1er niveau : Basique (Dingzhu)

2ème niveau : Elémentaire (Shaonianzhu) avec les premières formes d’armes

3ème niveau : Intermédiaire (Chuzhu)

4ème niveau : Supérieur (Zhongji)

5ème niveau : Compétition (Gueiding)

Le niveau 1 est une introduction au Wushu et guide les premiers pas du pratiquant à travers des techniques fondamentales (Jibengong) à maîtriser.

Les niveaux 2, 3 et 4 correspondent au public : débutant, intermédiaire et avancé.

Le niveau 5 est réservé à l’élite avec les formes de compétitions codifiées.

Les arts martiaux internes (Neijia) font partie intégrante du Wushu. Comment s’est passée l’intégration de cette expression au sein de votre commission ?

Le plus naturellement possible. Le docteur Jian Liujun et Joëlle Stempfet qui sont les coordinateurs pour les styles internes, ont toujours été persuadé de l’interêt de développer un programme commun technique. Aujourd’hui ils sont en charge de réunir toutes les bonnes volontés qui concourent au développement des arts chinois internes et qui nous ont rejoint depuis. Nous avons en concertation, élaboré un programme de progression technique basé sur la même philosophie que le programme externe. Je dois dire que l’ensemble des professeurs experts et maîtres chinois, ont été enthousiasmés de trouver enfin un programme cohérent et solide qui permette aux arts internes de rayonner sereinement. Depuis ce programme s’est étoffé sous cette impulsion, et l’ensemble des expressions styliques internes : Taijiquan (Yang, Sun, Chen, Wu), le Baguazhang et le Xingyiquan, possèdent un programme en trois niveaux (débutant, intermédiaire et avancé)

Quelles sont les prochaines étapes de la commission de formation du CNF WUSHU ?

C’est de constituer sur le terrain des relais fiables avec les responsables techniques inter-régions qui sont des agents multiplicateurs important de la politique technique et fédérale. Dans cette tâche, nous avons des interloccuteurs, qui s’attacheront cette saison à dynamiser les régions. Bien formés, ils pourront à leur tour enseigner aux responsables techniques de ligues qui eux-mêmes partageront les connaissances acquises avec tous les professeurs de leur ligue. En étant organisé nous serons plus efficace. Naturellement tout ceci sera fait en étroite collaboration avec les responsables de ligue qui connaissent bien leurs troupes, car les besoins ne sont pas toujours les mêmes d’une ligue à l’autre.

L’autre chantier concernait l’élaboration d’un programme sur le Sanda (Art du combat) qui permettrait aux pratiquants de ce style de passer des grades et des diplômes fédéraux. Aujourd’hui, grâce à notre président, nous avons 4 formes réparties selon les niveaux qui spécialiseront les pratiquants de ce style dans les fondamentaux qui constituent l’essence de leur art. Il est à noter que nous avons remis cette saison un 5eme Duan en Sanda par l’Association Chinoise de Wushu, décerné à M. Jean-Louis Tacita, responsable de la commission de l’art du combat (Bojishu), il y a eu également un 4ème Duan remis à un candidat !

Le mot de la fin ?

Les arts martiaux chinois sont comme tous les métiers : la formation continue est indispensable pour être crédible sur le terrain. Trop souvent les professeurs installés négligent cette source de progrès qu’est la formation. Toute sa vie un pratiquant apprend. J’en profite pour remercier de leurs encouragements et de leur confiance l’ensemble du comité directeur, particulièrement le président du CNF WUSHU, Roger Itier, et le Secrétaire Général, Benoit Thao.

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